Fiscalité revendeur

SASU revendeur : les 7 erreurs qui coûtent 10 000 € en achat-revente

Réponse directe : Créer sa SASU trop tôt, oublier la TVA sur la marge ou se verser 0 € de salaire : voici les 7 erreurs qui coûtent jusqu’à 10 000 € à un revendeur en achat-revente, avec le coût estimé et le correctif pour chacune.

Mis à jour le 11 septembre 2026 · 14 min de lecture · Par L’équipe Margeo

10 000 €. C’est ce que peut coûter une SASU mal calibrée à un revendeur en achat-revente : comptabilité payée pour rien, redressement de TVA sur la marge, trimestres de retraite perdus, stock apporté au mauvais prix. La SASU est un excellent véhicule quand on revend sur Vinted, Leboncoin ou eBay — à condition d’éviter les pièges classiques. Si vous hésitez encore sur le timing, lisez d’abord notre guide passer au statut SASU revendeur : cet article-ci est son complément obscur, celui qui parle d’argent perdu.

Chaque erreur ci-dessous suit le même plan : le symptôme (comment la repérer), le coût estimé (fourchette réaliste 2026) et le fix en 3 points (ce qu’il faut faire concrètement). Les montants sont des ordres de grandeur pour un revendeur solo ; seul un expert-comptable peut valider votre situation, notamment sur les seuils fiscaux et sociaux propres à votre cas.

Les 7 erreurs en 30 secondes

Créer trop tôt (~2 500 €/an de frais fixes pour rien), 0 salaire (0 trimestre validé, 0 prévoyance, pas d’ARE), TVA sur marge oubliée (rappel + 40 % de pénalités), stock mal apporté (commissaire aux apports dès 30 000 €), CA confondu avec la marge pour l’IS, compte courant débiteur (interdit : requalification + intérêts), registre des achats et DAC7 négligés (amendes + contrôle). Détail et correctifs ci-dessous.

Erreur n°1 : créer sa SASU trop tôt

Le symptôme. Vous faites 800 € de marge par mois en micro-entreprise, un proche vous dit de « passer en société pour payer moins d’impôts », et vous immatriculez une SASU. Résultat : les coûts fixes de la société mangent votre marge avant même le premier bilan.

Combien ça coûte. Comptez 200 à 500 € de création (annonce légale, greffe), puis ~1 500 €/an d’expert-comptable — le tarif moyen d’un comptable revendeur en France tourne autour de ce montant — plus 500 à 1 500 € de frais annexes (CFE, assurance RC pro, compte bancaire pro). Total : 2 000 à 3 000 € par an, que votre SASU doit d’abord gagner avant de vous rapporter quoi que ce soit. En dessous d’environ 25 000 € de marge annuelle, la micro-entreprise reste imbattable dans 90 % des cas.

Le fix en 3 points.

  1. Calculez votre marge réelle annuelle (ventes moins achats, commissions, port, emballage) avant toute démarche : sous ~25 000 €, restez en micro.
  2. Simulez micro vs SASU avec vos vrais chiffres — un comptable le fait pour 100 à 300 €, rentabilisés dès la première année évitée pour rien.
  3. Ne créez que sur un déclencheur objectif : plafond micro dépassé, charges réelles élevées, besoin de protéger votre patrimoine ou d’embaucher.

Erreur n°2 : se verser 0 € de salaire

Le symptôme. Pour « économiser les charges », le président de SASU ne se verse aucun salaire et ne vit que de dividendes. Sur le papier, zéro cotisation. En réalité : zéro droit ouvert.

Combien ça coûte. Sans salaire, vous ne validez aucun trimestre de retraite, vous n’avez aucune prévoyance (indemnités journalières, invalidité) et vous ne cotisez pas pour une couverture santé complète. Pire : contrairement au salarié, le président de SASU n’a pas droit à l’ARE (allocation chômage) — sauf assurance chômage privée du dirigeant (~50 €/mois). Une année sans salaire, c’est une année blanche pour votre retraite et, en cas de pépin de santé, des milliers d’euros de reste à charge. Le « gain » de charges se paie en protection sociale perdue.

Le fix en 3 points.

  1. Versez-vous au minimum un petit salaire (même ~500 €/mois) pour valider des trimestres et ouvrir des droits santé/prévoyance.
  2. Arbitrez salaire/dividendes chaque année avec votre comptable selon votre besoin de protection et votre tranche d’imposition.
  3. Prévoyez une assurance chômage dirigeant si la SASU est votre seule source de revenus : c’est votre seul filet en cas d’arrêt.

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Erreur n°3 : oublier la TVA sur la marge

Le symptôme. Vous achetez d’occasion à des particuliers, vous revendez avec marge, et vous appliquez la TVA « normale »… ou aucune TVA du tout alors que vous avez dépassé la franchise. Le régime de la TVA sur la marge (biens d’occasion) a ses propres règles : TVA calculée uniquement sur la marge, mentions obligatoires sur facture, pas de TVA récupérable sur l’achat.

Combien ça coûte. En cas de contrôle fiscal ou de redressement URSSAF visant un revendeur, l’administration rappelle la TVA éludée sur 3 ans, avec intérêts de retard (0,20 %/mois) et pénalités pouvant atteindre 40 % en cas de manquement délibéré, 80 % en cas de fraude. Sur 30 000 € de marges annuelles mal traitées, la facture totale dépasse vite 8 000 à 12 000 €.

Le fix en 3 points.

  1. Identifiez votre régime dès le premier euro : revente d’occasion achetée à un non-assujetti = TVA sur la marge, avec factures sans TVA apparente mais mention légale.
  2. Surveillez les seuils de franchise (environ 91 900 € pour l’achat-revente) : au-delà, TVA applicable et déclarations CA3/CA12.
  3. Faites valider votre facturation par un comptable avant la fin du premier exercice : corriger une facture coûte 0 €, corriger trois ans de TVA coûte une fortune.

Erreur n°4 : apporter son stock à la SASU sans le valoriser

Le symptôme. Vous avez 20 000 € de stock acheté en nom propre et vous l’« apportez » à la SASU pour sa valeur d’achat approximative, sans inventaire précis ni évaluation. Ou, à l’inverse, vous surévaluez l’apport pour gonfler artificiellement le capital.

Combien ça coûte. Au-delà de 30 000 € d’apport en nature (ou si l’apport dépasse la moitié du capital), l’intervention d’un commissaire aux apports est obligatoire : 1 000 à 2 500 € d’honoraires. Sans lui quand il est requis, les associés sont solidairement responsables de la valeur déclarée pendant 5 ans. Et un stock sous-évalué à l’apport, c’est une marge artificiellement gonflée donc de l’IS payé en trop ; surévalué, c’est un redressement potentiel.

Le fix en 3 points.

  1. Dressez un inventaire article par article (désignation, quantité, coût d’achat unitaire, état) avant tout apport : Margeo exporte cet état en un clic.
  2. Sous le seuil, faites approuver l’évaluation à l’unanimité et annexez l’inventaire aux statuts ; au-dessus de 30 000 €, mandatez un commissaire aux apports.
  3. Envisagez la cession du stock (vente de votre stock personnel à la SASU) plutôt que l’apport si vous voulez récupérer du cash : acte écrit, prix de marché, traçabilité bancaire.

Erreur n°5 : confondre chiffre d’affaires et marge pour l’IS

Le symptôme. « Je fais 100 000 € de CA donc je paierai l’IS sur 100 000 € ». Non : en SASU à l’IS, l’impôt porte sur le bénéfice (marge moins charges déductibles), pas sur le CA. Mais l’erreur inverse existe aussi : croire que tout est déductible et découvrir un bénéfice imposable élevé parce que le stock invendu n’est pas une charge.

Combien ça coûte. Avec 100 000 € de CA, 55 000 € d’achats et 15 000 € de frais, le bénéfice est de 30 000 € : IS à 15 % = 4 500 €. Celui qui provisionne « au pif » 25 % du CA (25 000 €) immobilise 20 000 € de trésorerie pour rien ; celui qui ne provisionne rien découvre 4 500 € à payer sans trésorerie. Et un stock de 20 000 € compté en charges à tort, c’est 3 000 € d’IS redressés plus pénalités.

Le fix en 3 points.

  1. Pilotez la marge nette, pas le CA : marge = ventes moins coût d’achat des articles vendus, moins frais ; le stock restant est un actif, pas une charge.
  2. Provisionnez l’IS chaque mois (15 % du bénéfice jusqu’à 42 500 €, 25 % au-delà) sur un compte dédié.
  3. Faites un point trimestriel avec votre comptable pour ajuster les acomptes et éviter l’effet de surprise au bilan.

Erreur n°6 : laisser son compte courant d’associé devenir débiteur

Le symptôme. Vous prenez de l’argent dans la caisse de la SASU « en avance sur les dividendes » ou pour une dépense perso, en pensant régulariser plus tard. Votre compte courant d’associé passe débiteur : c’est vous qui devez de l’argent à votre société.

Combien ça coûte. Pour une SAS/SASU, un compte courant d’associé débiteur est interdit : l’administration exige sa régularisation immédiate, avec intérêts au taux légal à la charge de l’associé, et le découvert peut être requalifié en rémunération occulte (charges sociales + impôt + pénalités). Sur 5 000 € « empruntés » à sa SASU, la requalification coûte facilement 3 000 à 4 000 € de charges et pénalités cumulées.

Le fix en 3 points.

  1. Ne prenez jamais de cash sans pièce : salaire (bulletin), dividendes (AG + décision), remboursement de frais (justificatifs) ou avance en compte courant créditeur documentée.
  2. Contrôlez votre compte courant chaque mois : il doit rester créditeur (c’est la société qui vous doit de l’argent, pas l’inverse).
  3. En cas de découvert, remboursez immédiatement par virement tracé et faites constater la régularisation par votre comptable.

Erreur n°7 : négliger le registre des achats et les obligations DAC7

Le symptôme. Achats en cash sur les brocantes, lots payés en espèces sans reçu, registre des achats tenu « de tête ». Et côté plateformes, on ignore que DAC7 oblige Vinted, eBay ou Leboncoin à transmettre vos ventes au fisc dès 30 ventes ou 2 000 € annuels.

Combien ça coûte. Le défaut de registre des achats (obligation du revendeur) expose à des amendes et, surtout, rend vos coûts d’achat injustifiables : sans preuve d’achat, l’administration peut remettre en cause vos marges et votre TVA sur la marge. Avec DAC7, le fisc connaît déjà votre CA plateforme : tout écart avec votre déclaration déclenche un contrôle ciblé. Amendes + rappels + pénalités : plusieurs milliers d’euros pour quelques tickets de caisse manquants.

Le fix en 3 points.

  1. Tenez un registre des achats infalsifiable : date, vendeur, nature du bien, prix — chaque lot enregistré dans Margeo dès l’achat, photo du reçu à l’appui.
  2. Rapprochez chaque mois vos ventes DAC7 (relevés plateformes) de votre comptabilité : zéro écart toléré.
  3. Bannissez le cash sans preuve : virement ou reçu signé systématique, même en brocante.

Checklist : les 7 cases à cocher avant de créer votre SASU

Avant d’immatriculer, validez ces 7 points avec votre comptable : marge annuelle durable au-dessus de ~25 000 €, stratégie salaire/dividendes écrite (avec un minimum de salaire), régime de TVA identifié et facturation conforme, inventaire de stock valorisé article par article, provision d’IS mensualisée sur compte dédié, règle d’or « compte courant toujours créditeur » comprise, registre des achats et suivi DAC7 en place. Sept cases cochées = une SASU qui vous fait gagner de l’argent au lieu de vous en coûter. Pour chiffrer votre scénario, repartez de notre guide passer au statut SASU revendeur puis faites simuler votre cas : c’est le rendez-vous à 200 € qui évite les erreurs à 10 000 €.

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Sources officielles vérifiées

Questions fréquentes

À partir de quel niveau de marge faut-il créer sa SASU ?

En pratique, une SASU devient pertinente quand votre marge annuelle dépasse durablement ~25 000 €, ou quand le plafond micro est dépassé. En dessous, les ~2 000 à 3 000 € de frais fixes annuels (comptable, CFE, banque, assurance) absorbent le gain fiscal. Faites simuler votre cas avant d'immatriculer.

Je ne me verse aucun salaire en SASU : est-ce grave ?

Oui à long terme : sans salaire vous ne validez aucun trimestre de retraite, n'ouvrez aucun droit prévoyance et n'avez pas droit à l'ARE. Versez-vous au minimum un petit salaire mensuel et arbitrez salaire/dividendes chaque année avec votre comptable.

Qu'est-ce que la TVA sur la marge pour un revendeur ?

Pour les biens d'occasion achetés à un non-assujetti, la TVA se calcule uniquement sur votre marge (prix de vente moins prix d'achat), sans TVA récupérable sur l'achat et avec des mentions obligatoires sur facture. Une erreur répétée expose à un rappel sur 3 ans plus des pénalités pouvant atteindre 40 %.

Puis-je apporter mon stock à ma SASU sans commissaire aux apports ?

Oui si l'apport en nature ne dépasse pas 30 000 € et reste sous la moitié du capital, avec évaluation approuvée à l'unanimité et inventaire annexé aux statuts. Au-delà, le commissaire aux apports est obligatoire (1 000 à 2 500 € d'honoraires) et les associés sont responsables de la valeur déclarée pendant 5 ans.

Un compte courant d'associé peut-il être débiteur en SASU ?

Non, c'est interdit : le compte courant doit rester créditeur. Un découvert doit être remboursé immédiatement, produit des intérêts au taux légal et peut être requalifié en rémunération occulte avec charges sociales, impôt et pénalités.

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